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CARACTÈRES

Estelle Deschamp

Jacques Lizène

Pascal Pinaud

Jérôme Robbe

17 février - 23 mars 2024

communiqué de presse (PDF)

« Une œuvre d'art est un coin de la création vu à travers un tempérament. »

Emile Zola, Mes haines.

Chaque œuvre d’art a son caractère, sa matérialité. Cette réalité fut un des grands enjeux artistiques du XXème siècle durant lequel les artistes s’attacheront à en démontrer les qualités, les possibilités, les atouts et se faisant, en tireront une vitalité nouvelle. Ils se libéreront du lien de l’imitation illusionniste du réel en ouvrant vers les processus intimes de l’œuvre et les champs de l’abstraction. Aujourd’hui, qu’en est- il ? Pour proposer quelques pistes de réflexion, la galerie LMR a choisi de réunir quatre artistes très différents mais pour lesquels cette question est à la fois un terrain de jeu et une histoire de caractère artistique.

Cet accrochage réuni les œuvres d’Estelle Deschamp, de Jacques Lizène, de Pascal Pinaud et de Jérome Robbe. À la rencontre de leurs œuvres, et de leurs différents points de vue, ce sont les interrogations artistiques autour des qualités de la couleur, des incidences du support, des effets du geste et de l’instrument, des textures, des effets de matière et de leur champ sémantique, de la lecture du réel et de l’humour qui sont abordés.

Les assemblages sculpturaux d’Estelle Deschamp associent une multiplicité de matériaux comme le bois, le plâtre, le béton, le goudron, la mousse, le plastique, le PVC, mais aussi des rebuts en tout genre. L’équilibre formel de ses œuvres est saisissant et s’il fait appel à certains savoir-faire artisanaux, il s’appuie surtout sur un esprit de synthèse, de simplification et pose la question : comment parvenir à l’essentiel de la forme, de la composition de la couleur pour toucher au cœur de l’art ?

Autoproclamé « Petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle » et « Artiste de la médiocrité », Jacques Lizène a élaboré une œuvre foisonnante et littéralement hybride au croisement des arts plastiques, de l’art vidéo et de l’art scénique. Jacques Lizène aimait préciser que s’il était né sur une quelconque côte hollandaise, il peindrait sans doute des marines à la manière d’un maître hollandais, mais, né à Ougrée, il se laissait à penser que sa première vision du monde devait être un mur de briques décrépi. Il peignait donc des murs de merde. Un postulat qui interroge inexorablement la notion d’identité et évidement la matérialité sacrée de l’œuvre d’art. À priori facile à exécuter et à décoder, son travail cache sous de multiples degrés de lecture une profonde et brillante réflexion sur la société et l’être humain.

Les œuvres de Pascal Pinaud puisent leur source dans des activités du quotidien et fonctionnent par séries, trente-six à ce jour. Leur esthétique et leur processus sont à chaque fois très différents, ce qui lui permet d’exclure radicalement et définitivement tout point de vue linéaire sur son œuvre. Aucune série ne s’arrête, elles peuvent s’allonger au fil du temps. Leurs points communs ? Un goût affirmé du méticuleux et du réussi qui enlace avec jubilation, et non sans humour, l’accident du geste qui agresse et révèle la forme. Les œuvres de PPP multiplient les horizons, en passant par la matière, le geste et par le réel, il s’y noue un dialogue passionnant et infini entre la vie de tous les jours et les discours les plus élaborés de la peinture moderne et contemporaine.

Les peintures de Jérôme Robbe s’inscrivent, avec force, dans une incessante recherche plastique qui interroge le cœur de l’histoire de la matérialité de la peinture à travers une succession d’inventions techniques. Ces questionnements, c’est en peintre d’aujourd’hui qu’il y participe à sa façon, celle d’un artiste-chercheur-explorateur-inventeur. Ces peintures sont un transport dans des mondes plasmiques colorés dont la libre poésie nous plonge dans une délicate permanence de la peinture, à la fois vitale, sublimée et éternelle.

Dans cette exposition chaque œuvre, à sa manière, nous rend plus attentifs à ces constituants. Elles nous conduisent directement dans le labyrinthe du processus de création, elles nous permettent d’engager une réflexion ancrée dans l’exploration technique et matérielle, mettant en jeu support, médium, outil, geste et évidement philosophie, humanité et humour. Ici, la matérialité des œuvres revêt des caractères visibles remarquables et soutenus avec force.

Florence Beaugier Piovesan

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