DAY-O, l'aube arrive
6 mars - 18 avril 2026
Yves Chaudouët
Georg Ettl
Philippe Fangeaux
Pierre-Lin Renié
Lorène Roustin
Elmar Trenkwalder
Il existe des trajectoires qui ne se parcourent pas en lignes droites. Le parcours de Jean-François Dumont est de cette nature. Depuis ses premières années de galeriste à Bordeaux jusqu’à son engagement auprès des étudiant·es de l’École des Beaux-Arts de Pau et de Tarbes (ESAD Pyrénées), il a accompagné des pratiques qui prennent le risque de sortir de la carte du « connu », pour aller là où l’artiste renonce aux sentiers balisés pour éprouver l’inattendu et l’inexploré du fait artistique. Ce parti pris est aussi politique, il dit de l’art qu’il est un espace de liberté, de questionnement et de dialogue critique. La Galerie LMR a choisi de confier ce commissariat d’exposition à Jean-François Dumont, dans cet esprit partagé d’attention aux artistes et à la manière dont leurs démarches se construisent.
Intitulée Day-O, l’aube arrive, l’exposition emprunte son titre à la chanson Banana Boat Song interprétée par Harry Belafonte, pour évoquer l'esclavage tout en gardant la force de l'espoir. L’aube y apparaît, métaphore discrète du passage, du recommencement et de l’éveil, individuel autant que collectif, porté par une parole joyeuse.
Cette exposition rassemble des œuvres d’artistes que Jean-François Dumont a soutenus ou suivis au fil des années, formant un réseau où chaque pratique éclaire et anime les autres.
La peinture intitulée Palerme d'Yves Chaudouët a déjà été présentée à la galerie. « Ce retour, à la façon d'un refrain de ritournelle, est une manière de dire que l'histoire de cette exposition débute avec ce tableau : cet avion pris dans les lueurs orange du Vésuve, l'esquisse d'un visage dans la couleur, peut-être le profil de Béatrice pour tirer une ligne imaginaire avec les dessins de Philippe Fangeaux. Mais surtout la Méditerranée et le retour vers Ithaque. La recherche infinie, la nostalgie, l'impossibilité réelle d'un retour comme en parle si merveilleusement Pascal Quignard dans ses Dernier royaume et la construction "d'Autres jours" pour se consoler. » JF. Dumont
De Philippe Fangeaux sont à découvrir, la série complète des Télé-souvenirs de l'année 2025, et une série de dessins inspirée de L’Enfer de Dante. Si la première est une confrontation directe, jour après jour, à l'histoire qui se fait, la seconde réactualise les visions du poète à la recherche de son modèle. Ces deux séries interrogent les régimes de représentation, de mémoire et de transmission, en confrontant des références anciennes à des dispositifs contemporains. L’image n’y cherche pas l’illustration mais l’écart, la persistance et la mise à distance.
Pierre-Lin Renié présente un projet éditorial qu’il a mené pendant deux ans, 730 photographies, une par jour, réunies en deux volumes imprimés et intitulés : D’autres jours #1 et D’autres jours #2. Dans ce projet, les livres sont aussi à envisager comme une sculpture, comme un espace autonome de pensée et de circulation, engageant un rapport spécifique et délicat au temps, à la lecture et à l’attention du regardeur.
Sont également présentées, des œuvres d’Elmar Trenkwalder dont une sculpture fondatrice de son travail. Comme cela le sera ensuite dans toute son œuvre, la sculpture est ici inséparable du dessin qui anime l'ensemble des volumes. Evoquant une figure de Janus, elle est orientée à la fois vers le fond de la galerie et vers la rue, elle engage un double regard, intérieur et extérieur, et invite le spectateur à des allers-retours constants entre l’espace de l’exposition, celui des réserves de la galerie et l’espace public. La sculpture agit comme un seuil, un point de passage qui structure la circulation du regard que nous portons sur l'ensemble des œuvres.
Lorène Roustin « inscrit son travail artistique dans les logiques du "care", autrement dit du soin et de l'attention aux choses. La série de fragments photographiques présentée dans l’exposition, si elle semble évoquer la destruction, le fait dans une logique de "conjuration", au sens de "conjurer la peur" comme l’écrit Patrick Boucheron dans Conjurer la peur. Il s'agit d'images de circulation automobile sur des fragments de goudron. Lorsque l'on sait que ces fragments viennent de la future A69, le rapport de "l'auto-destruction" due à l'économie de la voiture et l'histoire de la photographie (à l'origine de la photographie, le développement des images se faisait avec du bitume de Judée) fonctionne comme un court-circuit. La photographie finira par documenter la totalité des accidents de l'histoire (Paul Virillio), avant de devenir potentiellement, aujourd'hui, dans son moment numérique, l'accident lui-même, c'est-à-dire l'effondrement du monde visible. Sauf, bien entendu, à ce que la conjuration fonctionne et que le monde retrouve une certaine opacité. » JF. Dumont.
Ici, le geste de recouvrement et de révélation transforme l’image en surface active, marquée par le temps, la manipulation et la tension entre apparition et disparition.
Enfin, les dessins et plaques émaillées de Georg Ettl interrogent la persistance des formes et la capacité du dessin à condenser, avec simplicité et modestie, une pensée dans la durée inscrivant ainsi le regard dans une temporalité lente et attentive à la matérialité du geste. Georg Ettl est décédé en 2014.
« Les dessins qui sont montrés sont des études, des dessins sur calque, pour la préparation des fresques de l'église du Saint-Esprit à Neuss en Allemagne, qu'il a entièrement repensée entre 1991 et 1999. Les plaques émaillées viennent de l'Atelier Ettl qui continue à vivre grâce aux efforts de la fille de Georg Ettl, Renate Ettl. Ce petit ensemble d'œuvres révèle un geste artistique de son temps, celui de l'ère industrielle, néanmoins habité d'une profonde spiritualité. Une œuvre marquée par une grande rigueur formelle alliée à un souci tout aussi extrême du sensible. Ici, ce qui est remarquable, c'est la capacité du dessin à condenser une idée dans un trait et à décrire avec force toute la beauté et toute la tragédie de l'aventure humaine. » JF. Dumont
Day-O, l’aube arrive ne cherche ni à raconter une histoire ni à produire un ensemble démonstratif. Les œuvres réunies ici tiennent par ce qu’elles engagent chaque jour, des gestes précis, des choix formels assumés, des manières de faire qui prennent le risque de l’écart et de la durée. Elles ne proposent pas de réponses, mais des situations à éprouver, des images à traverser. C’est dans cette attention aux œuvres, à leur résistance, à leur persistance, à leur poésie que se joue le sens de cette exposition.
« Rien ne sera jamais guéri, mais, jour après jour, tout peut devenir plus lumineux et plus fraternel. Day-O n’annonce pas un commencement spectaculaire, mais le moment précis où l’on accepte de voir ce qui est déjà là. » JF. Dumont






