Après avoir participé à l’exposition collective Rapprochement en 2025, la galerie LMR consacre pour la première fois une exposition personnelle à l’artiste française Cassandre Cecchella.
Avec un titre comme Une chambre de fille, on croit savoir où l’on entre. On se trompe assez vite. Chez Cassandre Cecchella, l’image ne s’impose pas, elle demande du temps, comme si elle devait être reconstituée depuis un souvenir incertain. Celui du spectateur ? Celui de l’artiste ?
Formée au design à Toulouse puis aux Beaux-Arts de Tarbes-Pyrénées, elle développe une peinture où la couleur agit davantage qu’elle ne représente. Dense, frontale, presque physique, elle ne décrit pas, elle va plus loin, elle engage. Par aplats vifs, elle saisit des fragments du réel, bords d’autoroutes, zones de passage, architectures ordinaires, gestes du quotidien, autant de lieux traversés, mais souvent relégués à l’arrière-plan.
Dans la série Vinci, Cassandre Cecchella installe son chevalet en bord d’autoroute, dans des espaces où stationner et peindre est interdit. Il faut aller vite, capter ce qui disparaît déjà. La peinture se construit dans cette tension. Le regard ne cherche plus à voir pleinement, mais à retenir. Ces paysages, pourtant extérieurs, semblent traversés par une forme d’intériorité, d’intimité, comme si ces fragments de monde venaient se graver dans une chambre mentale créant un espace où se déposent impressions, souvenirs et sensations diffuses. Les marges y deviennent centrales. Les lieux standardisés y vacillent, ils perdent leur évidence. Cassandre Cecchella parle de « paysages uniques », non parce qu’ils seraient exceptionnels, mais parce qu’ils échappent à leur fonction, à leur définition.
Ce déplacement, elle le prolonge dans d’autres séries, Tanguer à la vie, Souvenirs des autres, Les brouillons. Rien dans ces peintures ne fait événement, et pourtant quelque chose insiste, une lumière, une présence, un seuil. Comme dans une chambre, où les choses les plus ordinaires deviennent le support d’une étonnante expérience intimement collective.
On peut penser au temps étiré des films de Chantal Akerman ou à l’attention au quotidien de Georges Perec, mais ici tout passe par la sensation, sans démonstration spectaculaire.
La couleur utilisée pas Cassandre Cecchella ne recouvre pas, elle révèle et elle trouble. Elle construit des tensions, parfois dissonantes, qui déplacent notre regard. Le banal bascule doucement et il se déplace un peu plus loin du côté de la perception. Peu à peu, une cartographie se dessine entre paysage, souvenir et corps. Une géographie troublante, à la fois intime et partagée, une géographie presque secrète.
Ce que l’on voit dans cette Chambre de fille ? L’essentiel rendu ici visible par l’artiste, collectif, persistant, incontournable.
Florence Beaugier Piovesan












